Je viens de lire un article dans Neue Magazine (en anglais) sur le rapport entre les leaders d’église et les médias sociaux, tels que Tweeter, Facebook et les autres.
En substance, l’auteur encourage les pasteurs et responsables à utiliser ces médias, mais à le faire avec discernement, en faisant attention à ce que l’on y écrit.
Attention à nos paroles
L’un de mes amis est très influent parmi les pasteurs francophones. C’est également un homme public qui œuvre dans la société civile. Il a toujours fait très attention à ce qu’il communique sur le web. Son église n’a, par exemple, pas de prédications disponibles en mp3 (ça sera le sujet d’un autre article), parce que hors-contexte, certaines paroles peuvent ne pas être comprises, ou mal interprétées. On ne parle pas de la même manière à un groupe de chrétiens engagés et à un groupe de gens qui sont en approche avec Dieu, et on a aucun moyen de savoir qui écoute les sermons mp3 diffusés sur les sites web d’église. Ce que l’on dit, est dit dans un contexte (avec une pensée toute particulière pour les membres de la FFF à ce sujet). Ce que l’on écrit, est écrit pour toujours – ou presque. On peut même déterrer des vieux sites webs sur archive.org pour retrouver des traces de ce qui a été supprimé.
Faire attention à nos paroles est une chose importante, mais ce que l’on écrit l’est encore plus.
On peut tourner 7 fois sa langue dans sa bouche avant de parler et finir par dire une bêtise – on nous pardonnera. Si on l’écrit, c’est plus grave, parce que l’on a le temps de revenir dessus, de le murir à tête reposée et de l’amender ou le reformuler à sa guise.
De plus, une parole écrite est étudiée, interprétée par le lecteur, avec le risque que cela soit fait dans un mauvais esprit. Je le constate régulièrement dans les conversations par email que l’on a dans l’église. Pour donner une information, l’email est un outil génial. S’il faut régler un problème, rien ne vaut une conversation face à face, ou, en cas d’urgence, au téléphone. L’intonation de la voix, la possibilité de débattre et d’échanger, d’amender, d’expliquer, de faire passer de l’humour, sont des choses de grande valeur quand on cherche à débattre ou argumenter.
Vie privée, vie publique
J’ai récemment assisté à un règlement de comptes entre chrétiens sur les réseaux sociaux. C’est d’ailleurs un peu ce qui me motive à écrire cet article.
Cela fait des années que l’on voit certains blogs (malheureusement très influents) lancer des trolls anti-ministères, au cours desquels certains serviteurs de Dieu ou organisations chrétiennes, se font descendre en flèche dans les commentaires. C’est une mauvaise presse. Mais peu de non-chrétiens accèdent à ces blogs, somme toute assez spécialisés.
Là où les médias sociaux sont différents, c’est dans leur aspect « public ». Régler ses comptes sur le mur de facebook, c’est montrer à tous ses amis une bien triste image de l’église. Or, la Bible dit que c’est en voyant notre amour mutuel que les gens sauront que nous sommes des disciples de Jésus (Jean 13:35).
Il n’est pas question ici d’être hypocrite. Il n’est pas question de « vendre » aux personnes qui ne suivent pas Jésus que quand on est chrétien tout va bien (on sait bien que c’est faux). Il est juste important de ne pas se donner en spectacle. Quand quelque chose va mal, faisons ce que nous dis la Bible : allons voir la personne en question pour régler le différend. Si elle ne change pas, faisons le devant un ou deux témoin (pas sur la place publique), et enfin, si la personne persiste, disons-le à l’église (toujours pas sur facebook !). C’est écrit dans Matthieu 18:15-17.
Il est du ressort de chaque chrétien de prêter attention à ce qu’il met sur facebook. Mes amis chrétiens y mettent beaucoup de choses que je trouve plutôt cucul la praline (si vous me permettez), tombant dans les clichés ou le patois de Canaan. Je ne suis pas convaincu de l’impact que cela a sur les non-chrétiens. Sauf si on est soi-même cucul la praline – ce qui n’est pas mon cas. Je suis plutôt repoussé par ce genre de vidéo et autres diaporamas moralisateurs qu’on voit souvent circuler. Beuuaark !
J’ai moi-même pris le parti de créer des listes d’amis. J’en ai plusieurs (famille, collègues…), mais l’une d’entre elle est la liste « incroyants ». Car ce que je publie, je le rend public (d’où le verbe « publier »), et je le fais en ayant conscience du message que j’envoie à tous de manière publique.
En effet, je ne suis pas certain d’être compris par mes collègues de travail si je publie le statut suivant : « Super prophétie reçue ce soir à la célébration. Vraiment, un temps super béni où Dieu nous a touchés ! J’ai apprécié le partage de Michel sur la circoncision. » Ce statut sera masqué à ma liste « incroyants ».
Cependant, si j’emploie des termes plus neutres, ou si mon sujet est plus général, comme par exemple : « Un bon moment ce soir à l’église. Ca fait vraiment du bien de se sentir bien ! », alors je n’ai aucun problème à ce que mes amis, collègues, et le monde soient au courant !!!
En contact
Je suis convaincu que l’église a un rôle à jouer dans les médias sociaux. Je suis également convaincu que les pasteurs n’y sont pas assez représentés et entendus.
Je suis depuis très longtemps sur Twitter, par exemple, mais je n’y rencontre que trop peu de personnes influentes du monde chrétien. Twitter, c’est l’agora des temps modernes. Quelle est la tribune de l’église ? Comment se fait-elle entendre ? Qui va l’écouter si elle ne parle pas ?
Je pense également que les réseaux sociaux sont un moyen inespéré d’entretenir des relations pastorales avec certaines personnes, de développer de l’amitié. Un de mes amis dans l’église y passe des heures à parler avec les jeunes, à les écouter, à garder le contact et développer de nouvelles relations. Pour moi, un chrétien qui se targue de posséder un don de pastorat se doit d’être présent sur les réseaux sociaux.
Un outil avant tout
Je pense enfin que bien que les médias sociaux soient des outils très puissants et à la portée de tous, il faut savoir manier avec intelligence, car ils peuvent se révéler dangereux.
J’aime comparer facebook à une corde. On peut en faire, des choses, avec une corde. On peut sauter à la corde, grimper, à la corde. On peut porter secours à un ami en mauvaise posture. On peut créer des liens, rester en contact, on peut réparer des choses cassées. Mais on peut aussi tendre un piège, lier et emprisonner une personne, on peut même aussi se pendre. De la même manière qu’une corde est un outil pas une finalité, facebook n’est ni bon, ni mauvais, par contre il peut être (très) bien utilisé, ou (très) mal utilisé.
Alors il est bon de se demander quel emploi nous faisons de ce formidable outil. Est-il réellement au service de l’évangile qui libère ? Est-il un atout que notre église garde en main comme vecteur de communication et de partage de l’évangile ? Ne serait-il pas judicieux d’enseigner les chrétiens à l’utilisation de ces outils, et à les mettre en garde contre leurs dangers et leurs limites ?